« Après les OGM, les Nanos attaquent ! »
Ne vous précipitez pas, il ne s’agit pas du dernier film de SF !... mais d’une conférence-débat avec Pierre Eyben, ingénieur physicien de l'Ulg, docteur en sceinces appliquées de la KUL, chercheur en microélectronique à l'IMEC et spécialiste des questions que pose actuellement l’énorme progrès des nanotechnologies. Nous essayerons de le faire précéder du cyberdocumentaire : « Le Silence des nanos » de Julien Colin (50’) (à confirmer).
En bref, les nanotechnologies sont les sciences de l’extrêêêmement petit (de l’ordre du nanomètre, soit : dix exposant moins neuf mètre). Ces nouvelles technologies permettent de visionner la matière à l’échelle atomique et de déplacer les atomes un à un afin de les arranger d’une autre manière. Ayant dépassé le stade de la manipulation des éléments constitutifs du vivant (qui a donné lieu aux fameux OGM), les scientifiques arrivent maintenant à manipuler les éléments constitutifs de la matière, inerte ou vivante : les atomes. Le déplacement des atomes donne à certains matériaux des propriétés nouvelles et extrêêêmement prometteuses dans des domaines très divers, qui touchent immédiatement notre quotidien : industries de l’automobile, de l’électronique, des communications, de l’aéronautique, industries chimiques et des matériaux, pharmaceutiques, biotechnologiques et biomédicales, secteur de l’énergie, de l’environnement (dépollution et recyclage), exploration de l’espace, secteur de la défense, etc.
Par exemple, le carbone, sous sa forme connue par tous, c’est la mine de crayon, tendre et friable. Mais sous sa forme modifiée par les nano-tech., le carbone devient une matière soixante fois plus résistante que le plus résistant des aciers : un avenir radieux pour les ingénieurs de tous bords !
Les nano-tech. permettraient aussi de résoudre toutes sortes de problématiques liées à la pollution, au réchauffement de la planète et aux prochains déficits en énergies fossiles.
La médecine, qui a toujours évolué de pair avec les sciences, s’apprête cette fois à faire un bond qualitatif gigantesque avec, entre autre, le projet nord-américain du « BINC » : la convergence des Biotechnologies, des sciences Informatiques, des Nanotechnologies et des sciences Cognitives. Le BINC laisse espérer des guérisons pour des maladies jusqu’à présent incurables : cancer, diabète, Sida, … mais il rend aussi extrêêêmement floues les limites entre le vivant et le non-vivant : un automate capable de s’auto-organiser et de s’auto-reproduire, donc qui échappe à ses concepteurs, est-il encore un automate ? Or, qu’il soit capable de telles performances est le souhait de ses concepteurs : la victoire des scientifiques n’est plus la maîtrise de la matière, mais la non-maîtrise de celle-ci.
Les applications des nano-tech. dans le domaine de l’armement deviennent dès lors absolument monstrueuses. Par exemple, un scénario futuriste, mais envisageable grâce au BINC, serait l’envoi de nuages de nano-particules qui permettraient de cibler des populations à éliminer selon leur pools génétiques : le high-tech de la purification ethnique !
Si ces technologies nouvelles ouvrent une énorme gamme de possibilités dans tous les secteurs de notre vie et sont susceptibles de créer une révolution planétaire plus profonde que toutes les précédentes parce qu’elles remettent en question l’autonomie évolutive du vivant, les transformations radicales qu’elles peuvent engendrer sont encore très peu réfléchies, étudiées et connues.
Par contre, ce qui semble assez évident, c’est qu’elles représentent une menace certaine pour l’être humain, le vivant et la planète, tant qu’elles restent aux mains du marché libre. Or en 2006, « les financements privés de la recherche et du développement des nanotechnologies devraient pour la première fois dépasser les financements publics », lit-on dans un rapport de l’Institut WorldWatch. Si les années précédentes, les Etats nord-américains (Etats-Unis et Canada), certains Etats européens (dont l’Allemagne et la France) et asiatiques (dont le Japon, la Chine et Taiwan) avaient déjà injectés plusieurs millions de dollars dans cette recherche, ce sont maintenant les plus grandes multinationales qui prennent peu à peu le relais… avec des conséquences que nous sommes encore loin de pouvoir imaginer.
Mais, grâce à une information scientifique et une réflexion philosophique de qualité, nous pourrons peut-être dépasser la « terreur sacrée » que les nanotechnologies éveillent en nous. En tout cas, nous estimons qu’il est urgent d’organiser des débats publics quant aux espoirs et aux dangers qu’elles comportent. Une affaire à suivre de près par tous les citoyens qui se sentent responsables de la survie du vivant !
à lire :
- « Nanotechnologies, la révolution de demain », Mark et Daniel Ratner, Ed. Campus Press, 2003
- « Se libérer de la matière ? Fantasmes autour des nouvelles technologies », Bernadette Bensaude-Vincent, Inra Ed. 2004
- « La science en
miniature : une introduction aux nanotechnologies », Hope
Shand et Kathy Jo Wetter, dans « Etat
de la Planète, 2006, gros plan sur l’Inde
et la Chine », de l’Institut WorldWatch »
Lire le texte (pdf) - « Petite métaphysique
des tsunamis », Jean-Pierre
Dupuy, Seuil, 2005
sur le net :
- « Les nanosciences au CNRS » : www.spm.cnrs-dir.fr/nanosciences
- « Le silence des nanos, avons-nous besoin du futur ? » : www.lesilencedesnanos.com
- « Pièces
et main d’œuvre : site de bricolage
pour la construction d’un esprit critique grenoblois » : www.piecesetmaindoeuvre.com
à voir :
- « Le silence des nanos », cyber-documentaire de Julien Colin à commander sur www.co-errances.org




